En Algérie, le président Abdelmadjid Tebboune a confirmé Sifi Ghrieb au poste de Premier ministre, après deux semaines d’intérim à la suite du limogeage brutal de Nadir Larbaoui.
Derrière l’annonce officielle, les observateurs y voient moins un choix de compétence qu’une nouvelle illustration du fonctionnement opaque d’un régime où le président concentre tous les leviers et verrouille toute opposition interne.
Larbaoui, diplomate de carrière et réputé technicien, avait été remercié sans explications. Officiellement discret, il était surtout jugé trop effacé pour un pouvoir qui préfère des exécutants loyaux à des personnalités indépendantes. La promotion de Sifi Ghrieb, ancien ministre de l’Industrie, s’inscrit ainsi dans la logique d’un système où les Premiers ministres sont interchangeables et rarement en mesure de peser face au chef de l’État et à l’armée.
Le nouveau gouvernement qu’il doit diriger conserve la même architecture verrouillée. Ahmed Attaf reste aux Affaires étrangères, Lotfi Boudjemaa à la Justice, tandis que Tebboune garde la main sur la Défense, épaulé par le chef d’état-major Saïd Chengriha. Même la réorganisation du secteur énergétique, avec la séparation entre hydrocarbures et énergies renouvelables, ressemble davantage à un ajustement cosmétique qu’à une réforme de fond.
Sifi Ghrieb, titulaire d’un doctorat en physique-chimie, a déjà occupé des fonctions à la tête de sociétés industrielles liées au Qatar, mais il n’a aucune expérience politique de premier plan. Dans son premier discours, il a promis de « servir le citoyen algérien » et de hisser l’économie nationale au niveau international. Des déclarations convenues qui peinent à masquer une réalité : le pays reste largement dépendant des hydrocarbures et en proie à une crise sociale persistante.
Alors que la jeunesse algérienne continue de fuir le pays, que la corruption gangrène les institutions et que la répression politique demeure la règle, cette nomination apparaît comme une opération de continuité plus que de renouveau. Tebboune, critiqué pour son autoritarisme et son incapacité à engager de véritables réformes, confirme ainsi sa volonté de maintenir l’Algérie dans un statu quo politique rigide, au prix d’un affaiblissement durable de la confiance des citoyens.





