Le secrétaire d’État américain Marco Rubio est arrivé dimanche en Israël pour réaffirmer le soutien « inébranlable » de Washington à son allié, malgré le tollé provoqué par une frappe israélienne sans précédent au Qatar.
Cette attaque, survenue en plein cœur de Doha, visait des responsables du Hamas réunis dans un complexe résidentiel. Mais elle a surtout touché un pays présenté depuis des années comme un médiateur clé dans les négociations pour un cessez-le-feu à Gaza, exposant Israël à de vives critiques diplomatiques.
À Washington, la Maison-Blanche n’a pas caché son irritation. Donald Trump, pourtant l’allié le plus fidèle de Benyamin Netanyahou, a jugé l’opération « malvenue », craignant qu’elle ne sabote les efforts internationaux pour la reconnaissance d’un État palestinien. Avant son départ, Marco Rubio a lui-même reconnu que cette frappe allait « devoir être discutée » tant ses conséquences diplomatiques sont lourdes. Car si Israël entend justifier son geste en accusant le Hamas de bloquer tout accord, l’opinion internationale voit surtout un Premier ministre israélien qui franchit une nouvelle ligne rouge en frappant directement un pays allié des États-Unis.
Pendant ce temps, la guerre continue de ravager Gaza. L’armée israélienne revendique la conquête progressive de la ville de Gaza, présentée comme un bastion du Hamas, mais la réalité est celle d’un territoire exsangue où plus de 250 000 habitants ont été contraints de fuir face à l’intensification des bombardements. L’ONU estime qu’un million de Palestiniens vivent encore dans et autour de Gaza-ville, exposés à une famine déclarée par les agences humanitaires. Sur le terrain, même le sud du territoire, où l’armée israélienne ordonne aux civils de se réfugier, est ciblé par des frappes. « Le Sud n’est pas sûr non plus », témoigne Bakri Diab, père de quatre enfants, contraint à un nouvel exode.
Israël, qui affirme avoir décimé la direction du Hamas, continue de se présenter comme engagé dans une guerre d’éradication. Mais les critiques s’accumulent, y compris à l’intérieur du pays. Le Forum des familles d’otages accuse désormais directement Benyamin Netanyahou de faire échouer les négociations : « Chaque fois qu’un accord est sur le point d’être conclu, Netanyahu le sabote », dénoncent-elles. Loin d’être un « obstacle à la paix », le Hamas apparaît ainsi comme un prétexte pour maintenir une guerre qui a déjà fait plus de 64 000 morts dans la bande de Gaza selon les autorités locales.
En se rendant en Israël quelques jours seulement après une frappe jugée « criminelle » par plusieurs diplomaties arabes, Marco Rubio s’expose aux critiques de complicité. L’administration américaine se retrouve piégée entre son soutien historique à l’État hébreu et une communauté internationale de plus en plus choquée par une guerre qui dévaste Gaza et s’étend désormais hors de ses frontières. La visite du chef de la diplomatie américaine, censée être un geste de solidarité, apparaît surtout comme la démonstration de l’impunité dont bénéficie Israël, malgré des violations répétées du droit international.





