L’affaire avait été menée tambour battant. Comme à chaque fois que le mot « terres rares » apparaît sur le logiciel du président américain, cela provoque en lui soit des velléités d’annexion comme pour le Groenland, soit des postures d’apôtre de la paix universelle comme pour l’Ukraine ou le Congo RDC.
Évidemment, chez Trump, la guerre comme la paix n’est jamais gratuite. Pour ce qui concerne le Congo, lors du dernier reportage d’OMERTA dans le pays, j’ai eu la surprise de découvrir son portrait dans les rues de Kinshasa, la capitale. Je l’avais vu quelques mois plus tôt dans celles de Bucarest en Roumanie. Les candidats conservateurs à l’élection présidentielle s’affichaient près du maître de l’univers avec des slogans révélateurs comme « Make Romania great again ». Il s’agissait de profiter de la nouvelle donne géopolitique pour marquer des points. Trump, comme Obama en son temps, au début de son premier mandat tout du moins, alimentait les rêves les plus fous.
Au Congo, le « facteur » Trump est d’une autre nature, même s’il en appelle à la capacité transformationnelle du président américain. L’espoir est né un matin de juin dernier, lorsque Trump annonça un accord entre les États-Unis, la RDC et le Rwanda mettant fin à trente ans de guerre à l’est du Congo, une véritable saignée ayant laissé derrière elle quelque huit millions de morts. Lors de mon reportage, je découvrais, médusé, l’espoir immense suscité par la nouvelle donne américaine. Quand j’écris que cela n’est pas gratuit, aux termes de cet accord, ce sont quelque 40 % des minerais congolais qui reviendraient d’une manière ou d’une autre aux Américains. C’est énorme. Mais sera-ce le prix de la paix dans un pays endeuillé si souvent ?
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Lors d’un déplacement en Ituri, une région frontalière du Nord-Kivu, je constatai que l’horreur avait toujours libre cours. Au moment de notre passage, un groupe armé ougandais apparenté à Daech décidait de massacrer quarante chrétiens rassemblés lors d’une messe. Le message de Trump n’était visiblement pas parvenu dans ces contrées reculées. L’idée de commercer pour éviter la guerre restait lettre morte là où les habitudes mortifères couvraient des générations et où la condition de l’exploitation des minerais rares et de leur pillage par les voisins rwandais et ougandais résidait précisément dans le maintien d’une forme d’anarchie sanguinaire propice au même pillage. L’accord du 27 juin pourra-t-il casser cette dynamique et restaurer la paix et l’autorité de la RDC sur son immense pays ? Seul l’avenir le dira. Un pas a été franchi cependant. Trump soutient Kinshasa contre Kigali. Trump aime le business et il déteste la guerre. La conjoncture est propice. Aux Congolais de la saisir pour reprendre leur pays en main.
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